Fiancée d’Eau et d’Azur

032Déjà l’Astre en habits noirs s’en va courir Fortune
Folâtre sème le champ mais crève le blé
Campanile sonne ses cloches, coups de cuivre retentissent !
D’un heaume d’argent qui sauva quand tout sombrait
Et pour obsèques, Zéphyr immense souffle l’humble souvenance
C’est grand tristesse en son cœur et désarroi
Qui brûle l’agnelle paissant la morne moisson
Sanglots intarissables de mille mémoires
Des souvenirs brusques en vantaux ouverts…
Nouvelle page (dé)close : irruption pâle de feuille en feuille
Sous un soleil riant de lames fourbies.
L’annonce d’épineux lendemains d’un mol oreiller
Sous l’Extrême empire de l’azur cavé
Seul compagnon de main la meule qui broie
Implacables fils de notre sein.

Le coq chante l’ombre tirée hors d’elle-même
N’a que souci des siècles hardis et des jours verdelets.
Seule la perle expire seule au fond du ruisseau
Courir à son tour auprès de son Azur gisant
En partance réclamer son dû aux œuvres de Fortune
Et payer vie mariée à la houle des flots
Azur pour ciel et mer pour sépulture
Ô doux paterne, sombre amant
Loin des hominides j’irai rejoindre ta lyre…

Efflorescence

Involucre de verre soufflé
se brise, douloureusement.
s’entrouvre l’amande mondée :
cœur-mûre

grains étoilés de l’épineux téton 

Porté en bouche
explose alliance sucrée et perles amères
d’une boule émeraude fardée.

La robe humide finit par choir ; fruit succulent…

Du vert cépage,
ne reste que le sel rouge de l’amandier ;

réceptacle
d’une
nouvelle
lampée.

De la vie de l’arbre

Frappe et refrappe l’arbre à la cognée
que ses hanches pleines d’eau et d’amour cèdent sous les coups de hache,
déchire et redéchire ses fibres croûteuses au sein de ce banc de neige ;
métal blanc légèrement rosé par la pression de coupe
qui rompt ses chairs
… sans sciage,

que l’encordée de notre mémoire glaireuse l’asphyxie en bois flotté,
ne restera que ces mouchoirs d’automne friables après la saignée.

La contracture saillante de tes muscles a coupé la dernière ramille qui levait enfin la tête vers les cieux…
ce corps lisse et vert avorté dans sa croissance,
fraîchement sorti de sa coquille hélicoïdale fin prêt à respirer l’air pur :


d’un chrysanthème qui l’attend

Vide Cor Meum

L’œil à l’incertitude sous l’ombre froisse son cil de phalène
Halo curaçao d’un œil froid qui s’éteint et pâlit sous l’alcôve
Quand au milieu de l’encre de la nuit
Tombe au pas de charge
Salve de chaudes giboulées et tuf rouge de l’île de Pâques
S’arriment au fanal de ce bateau fou
Les parfums de l’obscurité et l’arquebuse puissante
Du falconidé au bec lunaire qui signe sa reddition
.En un trait.

Mater Dolorosa

L’onde à vive allure se cabre de mille oriflammes
Vision claire de deux corps aux abois sinistres
Désarticulé le lait rouge se dévide dégueule
Vaine étendue

Le sabre brille

Augurale marche des nuits immémoriales
Dans son fol orgueil délirant Il renâcle
Battu le sabot défigure l’olive en germe
La mâchoire du vent

Se fige.

Cri guttural : parturiente écumée sur la rive
Poussée japonaise
D’une cordée trop faible
Lâche la vie. Et pourtant –

La clarté remue encore
D’un silence qui fixe sa chute
Devant la mort. L’enfant en naissant
Éventre le croissant de ses branches

Ultime sacrifice

Nour

Doigts de menthe sous cou bleui de fille
Retirent tes langues d’eau ô innocence
Le sang fume le cuir fond

– mousse friable d’une assiettée de vers
A verte mort mâchoire fraîche
A l’envers d’une chasse de viande jeune

Là-bas Cybèle claironne dans l’écho de chair
: l’œil d’un téton dressé résiste
Mûre sauvage lèvres enfantines

Le Suc brillant palpite encore sous les lames
En livrée jaune et noire d’abeille
Aiguilles ravies sous un disque de lumière

Grâce sylphide du vent qui l’emporte :
Parole sourde des caravaniers du désert
Cœur sanglé – silence de jais sur traits rouges.

Vol de l’an

Vol des grues blancheur du vent
La nappe d’été bat la mesure
D’un air qui coule puis s’enfuit
Réminiscences

Gouttes oblongues claques au sol
Ciel troué de glaise humide
De ses pelletées anonymes sonne le glas
Saumure

Noisette soufrée dans son lit d’involucre
– Ombrelle verte dentelée
Se déchire aux lèvres cireuses du Temps
Réceptacle

Guipure gangrenée à la moitié du limbe
Écorce d’or et tertre d’argent : peu s’en chaut !
La nappe d’été bat la mesure
Hurlement

Reddition

Delta aiguisé de filage mâtiné roux et blonds
Le scaphandre à l’œil sous de noirs reproches
Me fend du regard par de rouges œillades

Salve de lames iridescentes
: au miroir du nadir de ses pensées
Fléau d’un balancier rouillé de pesanteur.

— Battement d’élytre elle riposte encore verte de peur
Le fruit mûr vomit ses fières couleurs échappées :
Efflorescence rougeoyante poudroyant sous la robe percale.

Ô fièvre tellurique oxygène de mes nuits !
Granit de sel mord mes jeunes pousses effeuillées
Piment vert-de-gris, bourgeon en pleurs :

Interstice droit
Éclat vespéral du fond de la grotte
Ombre de tes pas, la frondaison s’écarte.

Brille la fente synaptique oublieuse
Du vif courroux de ses flèches ignées :

Flammes immobiles
de tes chardons bleus
… doux et froids !

Où naît la femme

Épée au clair prélat de la sainte alcôve
Ô Juste-Cieux, la poupée fessue s’est endormie
Nuitamment et perle de noires sueurs.
Garrottée du ruban virginal de l’éphèbe
Chair de jasmin aux joues pleines…

L’Angelot n’est plus

Fraîche amande mondée, poing fermé s’entrouvre
: coups de bélier sur frétillement de vipère humide
En la fillette, les fils de verre se brisent
Rouge lame blancs sanglots fiévreux réveil

Déchirement des fines ailes papillonnaires
Miasme offrande qui s’envole de ses premières roses
Enfer des rets sacrés de l’amour paternel
Rapt de l’incube à face de Janus

Cilice en main flagelle l’impudence de ses jeunes chairs
Hélène malgré elle.
Soif démonique et aboiement du dogue
Lame résonne encore de cette injuste libation.